L’Intersectionalité (FR/EN)

Qu’est-ce que l’intersectionnalité, et d’où vient-elle ?

Le terme « intersectionnalité » a été créé en 1989 par Kimberlé Crenshaw, théoricienne critique des races, juriste, professeure et pionnière de la pensée politique. Elle travaille actuellement à plein temps à l’UCLA et à l’université de Columbia, où elle est spécialisée dans la théorie critique des races et les études sur les genres. Kimberlé Crenshaw a créé le terme et développé la théorie qui le sous-tend dans un article qu’elle a rédigé pour le Forum juridique de l’Université de Chicago. L’intersectionnalité, telle que décrite par Crenshaw, est le point où se trouvent celles et ceux qui sont soumis à plus d’une forme de discrimination, c’est-à-dire le sexe et la race. Ce « carrefour », pour ainsi dire, est une intersection où les discriminations se chevauchent. Le chevauchement dont elle parle dans son article est exclusivement celui des discriminations particulières auxquelles les femmes noires sont soumises.

(L’intersectionnalité est définie par le dictionnaire Oxford1 comme la nature interconnectée des catégorisations sociales telles que la race, la classe et le sexe telles qu’elles s’appliquent à un individu ou à un groupe donné, considérées comme créant des systèmes de discrimination ou de désavantage qui se chevauchent et sont interdépendants. Merriam Webster2 choisit de la définir comme la manière complexe et cumulative dont les effets de multiples formes de discrimination (telles que le racisme, le sexisme et le classisme) se combinent, se chevauchent ou se croisent, en particulier dans les expériences des individus ou des groupes marginalisés).

Afin d’expliquer l’intersectionnalité en termes simples, Crenshaw utilise souvent l’exemple d’un tribunal qui n’a pas reconnu l’existence de l’intersectionalité des discriminations. Une Afro-Américaine du nom d’Emma DeGraffinreid a intenté une action en justice après s’être vu refuser un emploi par une entreprise de construction automobile, au motif que cette entreprise ne l’avait pas embauchée parce qu’elle était Afro-Américaine. Le tribunal n’a pas reconnu sa plainte contre le constructeur automobile, car l’entreprise a effectivement embauché des femmes, et a effectivement embauché des Afro-Américains. Le problème étant que les Afro-Américains embauchés étaient tous des hommes et que les femmes embauchées étaient toutes blanches. DeGraffinreid s’était retrouvée « blessée » à l’intersection de deux routes, la première étant celle d’être une personne de couleur et la seconde celle d’être une femme. Imaginez que le tribunal soit une compagnie d’assurance et qu’il ne paie que si vous êtes blessé·e sur l’une ou l’autre des routes, mais pas si vous vous trouvez à l’intersection des deux. La demande d’indemnisation de DeGraffinreid a été rejetée.

L’intersectionnalité veut que tout féminisme ou antiracisme ne soit féministe ou antiraciste que s’il inclut les membres les plus marginalisés des personnes touchées par le sexisme ou le racisme. Le féminisme n’est pas du féminisme s’il n’est au service que des femmes blanches. Et l’antiracisme n’est pas antiraciste s’il ne se bat pas pour les hommes et les femmes de couleur.

« Pour les femmes blanches, affirmer qu’il y a discrimination fondée sur le sexe signifie qu’elles n’auraient pas été désavantagées si elles n’avaient pas été femmes. Pour elles, il n’est pas nécessaire de préciser que la discrimination est le fait des femmes blanches car leur race ne contribue pas au désavantage pour lequel elles demandent réparation.
La conception de la discrimination qui découle de ce motif considère le privilège de la race comme un fait acquis ».

Pourquoi l’intersectionnalité est-elle si importante ?

L’intersectionnalité est essentielle dans tout discours portant sur des questions de société et de discrimination, car ne servir que ceux qui sont touchés par une forme d’oppression, plutôt que par plusieurs, ne résout le problème que pour les membres les plus privilégié·e·s d’une population donnée.

« La discrimination à l’égard d’une femme blanche est donc la norme en matière de discrimination sexuelle ; les revendications qui s’en écartent semblent présenter une sorte de revendication hybride. Plus important encore, parce que les revendications des femmes noires sont considérées comme hybrides, elles ne peuvent parfois pas représenter celles qui peuvent avoir des revendications « pures » de discrimination basée sur le genre. Les conséquences de cette approche sont que, même si une politique ou une pratique contestée peut clairement discriminer toutes les femmes, le fait qu’elle ait des conséquences particulièrement graves pour les femmes noires place les femmes noires qui sont victimes de discrimination à l’opposé des femmes blanches ».

Une question qui touche les Noir·e·s, et une question qui touche les femmes ; cela n’inclurait-il pas nécessairement les Noir·e·s qui sont des femmes ? Malheureusement, comme l’explique K. Crenshaw, il s’agit d’une solution de justice sociale qui semble pourtant intuitive, mais, en l’état, ne fonctionne tout simplement pas.

Le problème systémique est qu’aux yeux du tribunal, les femmes blanches sont capables de représenter toutes les femmes, et donc les femmes noires. Les hommes noirs sont capables de représenter toutes les personnes noires, et donc les femmes noires. Ainsi, les femmes noires n’ont pas de place à la table des négociations, car elles sont généralement représentées par des femmes blanches ou des hommes noirs.

Avant la publication du document de Kimberlé Crenshaw, il n’existait pas de nom pour cette situation de vulnérabilité particulière à laquelle sont confrontées les femmes noires. Et « lorsqu’il n’y a pas de nom pour un problème, les gens ne voient pas le problème. Si vous ne voyez pas le problème, alors vous ne pouvez certainement pas le résoudre ».

L’intersectionnalité aujourd’hui

L’intersectionnalité a été introduite à l’origine pour mettre un nom sur les discriminations particulières auxquelles les femmes noires sont confrontées dans certains systèmes ou institutions, tels que les tribunaux ou dans la recherche d’un emploi, etc. Au fil des ans, le terme s’est élargi pour englober ce qui constitue une discrimination de toute sorte, comme le validisme, le classisme, la transphobie, la LGBT+phobie, etc. Mme Crenshaw a elle-même reconnu l’élargissement du terme et convient que le principe initial s’applique, mais maintenant, au lieu d’être une intersection de deux routes, il peut y avoir de multiples intersections. Il est important de noter, cependant, que Crenshaw a souligné que le terme n’est pas principalement une question d’identité, ou de voir combien d’intersections une personne peut avoir, mais plutôt « comment les structures et les institutions font de certaines identités la conséquence de la vulnérabilité ». Elle souligne que le contexte est important pour chaque situation, et que nous devons examiner les discriminations à l’œuvre afin de savoir sur quelles intersections il faut se concentrer. Il s’agit de protéger celles et ceux qui sont les plus marginalisé·e·s dans chaque situation donnée. ●


1Oxford English Dictionnary, Intersectionality, consulté le 6 mars 2021. Accès : https://www.oed.com/view/Entry/429843?fbclid=IwAR0iOjxCTHTWsu0cJnFg55cICti1cYD_U5Tqhw5PqqAi_s7RE5mdIpqS4G0

2Merriam Webster, Intersectionality, consulté le 6 mars 2021. Accès : https://www.merriam-webster.com/dictionary/intersectionality?fbclid=IwAR0PwBFy4Cpnqt5hIh5gwL8s4fWPdy2ALZNvX-6Rq4ZFbcKPtbfSlKF7w6U

*Crenshaw K., Demarginalizing the intersection of race and sex : a black feminist critic of antidiscrimination doctrine, feminist theory and antiracist politics, 1989. Accès : https://philpapers.org/archive/CREDTI.pdf?ncid=txtlnkusaolp00000603

*Ted Talk, The Urgency of Intersectionality, Crenshaw K., 7 décembre 2016. Accès : https://www.youtube.com/watch?v=akOe5-UsQ2o&ab_channel=TED

*Southbank Center, On Intersectionality, Crenshaw K., 14 mars 2016. Accès : https://www.youtube.com/watch?v=-DW4HLgYPlA&t=921s&ab_channel=SouthbankCentre


What is Intersectionality, and where did it come from?

Intersectionality is a term that was created in 1989 by critical race theorist, lawyer, professor, and pioneering political thinker, Kimberlé Crenshaw. She currently works full-time in UCLA and Columbia University, where she specialises in critical race theory and gender studies. Crenshaw created the term and developed the theory behind it in a paper she wrote for the University of Chicago Legal Forum. Intersectionality as described by Crenshaw, is the point at which those who are subjected to more than one form of discrimination find themselves, i.e. gender and race. This ‘crossroads’, so to speak, is an intersection where there is an overlap of discrimination. The overlap which she spoke of in her paper was exclusive to that of the unique discrimination that black women are subjected to. 

(Intersectionality is defined by the Oxford dictionary as the interconnected nature of social categorizations such as race, class, and gender as they apply to a given individual or group, regarded as creating overlapping and interdependent systems of discrimination or disadvantage.

Miriam webster chooses to define it as the complex, cumulative way in which the effects of multiple forms of discrimination (such as racism, sexism, and classism) combine, overlap, or intersect especially in the experiences of marginalized individuals or groups.)

In order to explain intersectionality in simple terms, Crenshaw often uses the example of a court which failed to recognise that intersections in discrimination exist; An African American women by the name of Emma DeGraffinreid, sought legal action after she was refused employment by a car manufacturing company, on the grounds that the company did not hire her because she is an African America women. The court failed to recognise her claim against the car manufacturer, as the company did indeed hire women, and did indeed hire African Americans. The issue being that any African Americans hired were all men, and any women hired were all white. DeGraffinreid had found herself ‘injured’ at an intersection of two roads, road one being a person of colour, and road two being a woman. Imagine that the court is the insurance company, and they only pay out if you’re injured on one road or the other, but not if you’re standing at the intersection of both. DeGraffinreid’s claim was thrown out. 

Intersectionality dictates that any feminism or anti-racism is only feminist or anti-racist if it includes the most marginalised members of those affected by sexism or racism. Feminism is not feminism if it is only to serve white women. And anti-racism is not anti-racist if it doesn’t fight for both men and women of colour. 

For white women, claiming sex discimination is a statement that but for gender, they would not have been disadvanted. For them there is no need to specify discimination as white women because their race does not contribute to the disadvantage for which they seek redress.

The view of discrimination that is dervied from this grounding takes race privilege as a given.’

What is the importance of intersectionality?

Intersectionality is vital during any discourse involving societal issues and discimination, because only serving those who are affected by one form of oppression, rather than multiple, is only solving the issue for the most privileged members of any given demographic.

‘Discrimination against a white woman is thus the standard sex discimination claim; claims that diverge from this standard appear to present some sort of hybrid claim. More significantly, because black womens’ claims are seen as hybrid, they sometimes cannot represent those who may have “pure” claims of sex discimination. The effect of this approach is that even though a challeneged policy or practice may clearly discriminate agasint all women, the fact that it has particularly harsh consequences for black women places black women plantiffs who are victim to discrimination at odds with white women’.

An issue that affects black people, and an issue that affects women; wouldn’t that necessarily include black people who are women? Unfortunately, as Crenshaw explains, this is a trickle down solution to social justice, and it just doesn’t work. 

The systemic issue is that in the eyes of the court, white women are able to represent all women, and therefore black women. Black men are able to represent all black people, and therefore represent black women. Thus giving black women no seat at the table as they are generally represented by either white women or men.

Prior to Kimberlé Crenshaw’s paper, there was no name for this unique problem facing black women. And ‘when there is no name for a problem, then people fail to see the problem. If you cannot see the problem then you definitely cannot solve the problem’. 

Intersectionality today

Intersectionality was originally introduced to put a name to the unique discrimintion that black women face in particular systems or institutions, such as; courts of law or in seeking employment etc. Over the years the term has expanded to encompass that which constitutes discrimination of any sort, such as ableism, classism, transphobia, homophobia etc. Crenshaw herself has acknowledged the expansion of the term, and agrees that the original principle applies, but now rather than being an intersection of two roads, there may be multiple intersections. It is important to note, however, that Crenshaw stressed that the term is not primarily about identity, or seeing how many intersections one person may have, but rather ‘how structures and institutions make certain identities the consequence of vulnerability.’ She stresses that the context is important for each situation, and we need to look at what discrimination is taking place in order to know which intersections are to be focused on. It’s about protecting those who are most marginalised in each given situation. 


This is a very general introduction into what intersectionality means and why it is so important, but if you’d like some more examples or a deeper explanation, I’d highly recommend you read the original paper on intersectionality: Demarginalizing the intersection of race and sex: A black feminist critique of antidiscrimination doctrine, feminist theory and antiracist politics. – By Kimberlé Crenshaw.

(All quotes present in this article were taken either from talks or papers written by Kimberlé Crenshaw).

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